| Blogue à part Ou l'art de tartiner pour ne rien dire... |
Publié le mercredi 8 mars 2006Mercredi 8 mars 2006 La femme qui voulait tuer sa voisine trop discrète Un p’tit mot de fin d'après-midi pour se mettre au parfum des humeurs du jour…
Pendant que Kofi lance des propositions de reformatage, les jupe frétillent au son des discours sur la parité (et oui, c’est la Journée de la femme, mais on ne s’étalera pas là-dessus), la brise est bonne, les amaryllis en fleur, la soirée s’annonce prometteuse et ma première session de spinning se fait désirer. Ceci dit, je repensais à ce que ma voisine de palier m’a raconté hier matin alors qu’elle me découvrait cachée derrière mon journal sur la plateforme à attendre le subway. Une grande suédoise typique d’allure sportive, américanisée dans ses manières -et son mariage au bel Éric- qui enseigne le yoga et joue la comédienne autant que possible sur les planches des petits théâtres off-off-Broadway. C’est en entamant une discussion de voisinage sur la ligne expresse que très rapidement des propos sur nos autres voisins nous enflammaient le dialogue, en tout cas suffisamment pour que les yeux de ceux et celles qui s’entassaient dans le wagon se rivent sur nous l’air de dire « ch’peux-tu lire ma revue en paix tabarnak? ». Plus précisément, on s’est mis à parler de mes voisins du dessous: un vieux couple aliéné, aigri et détestable qui n’ont pour activité que le voisinage. Leur voisinage: c’est moi! En plus, j’ai la malchance d’être à la maison une demi-journée par semaine, ce qui leur cause bien des ennuis, surtout que le samedi après-midi (celui que je passe au bercail) je fais du ménage une ou deux heures en écoutant Stéphane Grappelli au minimum. C’est là où j’entends, vers 3 heures de l’après-midi le vieil homme crier : « It’s not a bar damn it! ». Well... je sais, y'en a un juste en face qui fait karaoké les jeudis et samedis pis "ça" c'est bruyant. Lui: Rally-Vieux-Con-Morgatti, 83 ans, menteur comme pas deux -donc y’en a peut-être 71 (j’aurais dû l’inclure dans les grands menteurs de mon blogue du mois passé)-, qui se prend pour le Dieu de la deuxième rue à nourrir les chats et les pigeons tellement y'a rien à crisser de ses journées entre la porte de devant et celle de sa voiture où il passe TOUT son temps, question d’être loin de sa femme disjonctée qui elle, ne sort JAMAIS. Il dit bonjour à tous le monde -sauf moi, devant quoi il feint de s’évanouir (non, c’pas une blague, il tombe sur ses genoux et fait semblant d'être pris d'une soudaine crise cardiaque. Mais je connais suffisamment la psychologie pour comprendre qu'il cherche à s'excuser en solicitant la pitié de ma part... pauvre M. Vieux Con)- et tous les ex-mafiosi italiens dans la quatrevingtaine du quartier le détestent, sous prétexte qu’il ne raconte que des bobards. Bref, un vrai vrai vieux con qui n’a jamais rien fait, même pas déménagé, à preuve, son loyer mensuel n'est toujours que de 161$. Elle: Irène-Histérique-Morgatti-Bigoudi, affreuse, rachitique à la peau verdâtre tellement elle ne tire jamais ses stores et ses traits ridés tirent vers le bas. Son passe-temps préféré: attendre que j’échappe une épingle à couche ou deux pour beugler des vacheries à mon égard à travers mon plancher. Aussi, quand je passais l’aspirateur (oui, j'ai arrêté), elle s’en donnait à cœur joie avec probablement un manche à balai. J’ai dû cesser ces excès, prise de pitié pour les pilules qui allaient se faire avaler...
Croyez-moi, je n’ai jamais planté un clou après 20 heures, enlève toujours mes bottes à l’entrée, n’ai que de rares visiteurs et une mosaïque de tapis pour absorber mes pas, si rares soient-ils. Bref, les planchers sont peut-être minces, mais y’a toujours bein des limites à crier « Go back to Canada you fucking bitch » quand on a atteint le quatrième âge et ce, d’une voix stridente à faire peur aux fantômes qui doivent hanter son appartement (en tout cas celui de son fils qui s'est suicidé il y a 45 ans...). Sur quoi mon propriétaire, le jour où je l'ai contacté pour m'en plaindre m'a dit: "Frenchie (un autre moron de première qui se trouve intéressant), si t'as une pelle pis une hache, j'm'en occupe". Évidemment, il préfèrerait de nouveaux locataires pour décupler le montant du loyer mais bon! En tout cas, alors que nous en parlions, Lina (la voisine gentille) rigolait en disant: -« Ha oui, et l’autre jour, t’étais même pas à la maison que je l’entendais crier ‘I’m gonna kill her’, ha ha ha, isn't that funny!? ». -« Quoi?, ha oui?, m’semble qu’elle pousse un peu non? », ne trouvant pas ça si drôle finalement... -« Ha oui, elle est folle, vraiment folle », disions-nous, là, debout dans le train à secouer la tête, le sourire aux lèvres, journal sous le bras en dégraissant ce constat plutôt piteux de deux êtres qui menacent ma potentielle paisible vie casanière (oui, effectivement je suis loin de l'être mais qui peut m'en blâmer?). Je devrais probablement commencer à fermer la porte à clé le soir. Qui sait, elle pourrait peut-être m’entendre rêver et être éprise d’une véritable envie de m’assommer d’un marteau à tête plate…
Permalien | | 3 Commentaires : Commentaire écrit le vendredi 10 mars 2006 à 09:01:29 (lien) Jack Oui mon Oushki, Je vais t'aider à faire le ménage... Commentaire écrit le jeudi 9 mars 2006 à 16:06:18 (lien) Oushki Jack, t'es incontestablement un grand poète! Tu m'aideras alors? Je vais acheter une pelle et bat de baseball ce week-end. Commentaire écrit le jeudi 9 mars 2006 à 09:54:59 (lien) Jack Voisins aux rêves envolés J’irai cracher sur vos volets... Ces rassis et ces éternels assis me rappellent ces vers de Rimbaud : « Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges, Sentant les soleils vifs percaliser leur peau Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges, Tremblant du tremblement douloureux du crapaud. » Ajouter un commentaire |
|
||||
| Un blogue Journal personnel/Pensées par Mon Blogue.com |
|||||